La photo de Saint Gatien vue aérienne en noir et blanc.


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Aéroport de Deauville-Saint Gatien des Bois avant 1939.

Une négociation mouvementée.

WRRRAAAAOUM !... VRRRRR !...

Un avion blanc, petit mais puissant et rageur, fonce en piqué vers la tribune officielle, puis file en rase-mottes au-dessus du public occupant la pelouse. Il répète cette manœuvre audacieuse plusieurs fois, causant... des émotions fortes (pour ne pas dire plus) à tous les spectateurs tant masculins que féminins... et seulement le ballet d’ouverture !

Beaucoup d’autres acrobaties se succèdent, aussi impressionnantes, aussi effrayantes les unes que les autres, et l’on entend crier dans la foule : « Il est fou ; il va s’écraser ; il va nous bousiller » etc... ! (Les quelques spectateurs retrouvés ces dernières années sont unanimes avec nous sur ce point : « Nous avions tous très très peur. Bien sûr, maintenant, après la guerre de 39-45 et la bataille de Normandie, nous ne sommes plus impressionnés, au même degré, par une démonstration de voltige ! »

Ce « fou volant », c’est Marcel Doret, l’un des plus grand as de la voltige aérienne, sinon le plus grand avec Michel Detroyat, dans les années 1925-1935.

... et cette exhibition de Doret, c’est le bouquet final de la première « Fête aérienne » (le terme de « meeting », couramment utilisé à l’époque, n’a pas été employé à Deauville, du moins sur le programme officiel) organisée les 23 et 24 juillet 1932 sur le tout jeune aérodrome de Deauville-Saint-Gatien, qui a été inauguré il y a juste un an, le 26 juillet 1931.


Une ligne Southampton-Honfleur ?

Depuis quelques années déjà, les responsables de la municipalité et de la vie économique de Deauville se rendaient compte de l’importance de la clientèle britannique et désiraient disposer, avec l’Angleterre, de relations nettement plus directes que les lignes maritimes aboutissant, au mieux à Dieppe ou au Havre.

Aussi, le 23 mars 1929, le Conseil municipal émet le vœu « que la Souther Railway and Co instaure, le plus tôt possible, un service direct de voyageurs entre Southampton et Honfleur, pendant les week-end du 15 mai au 1er juillet, puis trois fois par semaine du 1er juillet au 30 septembre. »

Dès le 13 avril, Eugène Colas, maire, reçoit la visite de Monsieur Newcombe, Dircteur Général des Services Maritimes de la Southern Railway, accompagné de quatre sous-directeurs, de Monsieur Sescau, Président de la Chambre de Commerce et de représentants de la municipalité d’Honfleur. Alors le maire de Deauville termine ainsi son très chaleureux discours de bienvenue : « Votre visite nous est d’autant plus précieuse qu’elle prépare la réalisation d’un projet auquel, comme vous, nous attachons une grande importance parce qu’il est destiné à améliorer grandement les rapports entre l’Angleterre et la côte normande. C’est avec l’espoir de sa réalisation prochaine que la municipalité de Deauville est heureuse de vous recevoir et que je lève mon verre en l’honneur de Monsieur Newcombe, de ses collaborateurs, de nos amis d’Honfleur et à la prospérité de l’Angleterre et de la France. »

Dans sa réponse, Monsieur Newcombe donne l’assurance « que sa compagnie fera l’impossible pour établir, l’an prochain, un service luxueux (sic) de voyageurs entre Southampton et Honfleur »

En réalité, ces bonnes paroles vont rester (et resteront toujours) sans suite.


Une autre solution...

D’ailleurs, Monsieur Armand Esders, industriel, bien connu, de la confection (du « prêt-à-porter » disons nous aujourd’hui), hôte assidu de Deauville, ami de Monsieur Colas, pionnier de l’aviation de tourisme, propriétaire d’un appareil amphibie, pense à juste titre qu’une ligne aérienne Londres-Deauville serait la solution idéale, parce que la plus directe et la plus rapide... à condition, évidemment, que la « plage fleurie » se dote d’un aérodrome pouvant devenir un jour un véritable aéroport.

Il en parle au maire et - semble t’il - réussit à le convaincre en peu de temps.

Rien d’étonnant ! L’aviation est à la mode ; les exploits, les grands raids, les records aériens se multiplient, sont à la une des journaux et passionnent le monde entier :

- mai 1927 :
Premier et triomphal New-York-Paris, soit 5 809 kilomètres par Lindbergh ;
- juin 1927 :
Chamberlin et Lévine portent ce record mondial de distance à 6294 kilomètres entre New-York et Eisleben (Allemagne) ;
- avril 1928 :
Costes et Le Brix bouclent le premier tour du monde avec escales ;
- en 1928 également,
un équipage de deux australiens et deux américains traverse le Pacifique en trois étapes, dont une de 5 000 km entre Hawai et Fidji ;
- toujours en 1928,
l’italien de Bernardi dépasse le 500 km à l’heure ;
- le 13 juin 1929,
Assolant, Lefèvre et Lotti réussissent la première traversée de l’Atlantique Nord tentée par un équipage français, mais dans le même sens que Lindbergh ;
- le 28 juin 1929,
Maryse Bastié bat le record féminin de distance en parcourant seule à bord 3 000 km de Paris à Nijni-Novgorod...
Du reste, Paris est bien relié à Londres, par avion, depuis... 1919! Alors, pourquoi pas, dix ans après, une ligne aérienne Londres-Deauville ?


Recherche... en catimini.

En tout cas, en juillet 1929, sur la demande de Monsieur Colas et à l’insu, pour le moment, de son conseil municipal, des ingénieurs du ministère de l’Air - Services des Bases - viennent procéder à la recherche méthodique d’un terrain propice à l’implantation et aux extensions ultérieures, d’un aérodrome.

Sont d’abord examinés puis écartés rapidement :

- la vallée de la Touques,
- un emplacement situé à l’ouest de Barneville : trop encaissé et manquant de dégagements,
- envisagé ensuite, le plateau du Mont Canisy est écarté également à cause du prix prohibitif du terrain (voisinage du nouveau golf) et de l’impossibilité physique d’allonger ultérieurement les bandes d’envol.

Alors, les techniciens et Monsieur Colas se rendent compte qu’il faut renoncer à créer un aéroport à proximité immédiate de Deauville ce qui, d’ailleurs, aurait pu déparer le site de la station, et que la zone convenable se trouve à l’est de la Touques, sur le plateau compris entre Villerville, Cricqueboeuf, Saint Gatien des Bois, la route d’Aguesseau et Trouville.

On pense d’abord au domaine de la Bergerie, mais supprimer une belle exploitation agricole en plein rapport, ainsi que deux briqueteries voisines en plein activité, se révèle bientôt une solution trop brutale, très onéreuse vu la valeur du sol et risquant fort, en plus, de scandaliser, à juste titre, l’opinion publique.

Du reste, à la fin de l’été, un certain Monsieur Lorenzi est vendeur d’une portion de forêt composée surtout de mauvais taillis et ne pouvant plus être vendue qu’à titre de terrain de chasse, donc à bas prix. Dès qu’il l’apprend, Monsieur Colas demande cette fois au Service des Bases d’étudier, toujours confidentiellement, s’il serait possible, techniquement et financièrement, de créer l’aérodrome à cet endroit. Après avoir reçu une réponse positive et avant de regagner sa résidence d’hiver à Paris, Monsieur Colas charge Monsieur Piedecoq, Conseiller municipal, entrepreneur local de maçonnerie de négocier l’achat avec l’aide de Maître Legrip, avoué à Pont-l’Evêque, maire de cette ville, Docteur en Droit, Conseiller juridique de la municipalité de Deauville.


Quatorze jours pour acheter.

Début octobre, Monsieur Piedecoq invite Maître Legrip à entamer les pourparlers avec Maître Beaumer, notaire à Honfleur, conseiller du vendeur. Le tabellion précise que Monsieur Lorenzi est vendeur de deux parties de forêt dont il est propriétaire :

- forêt « Val Mesnil » environ 52 hectares,
- forêt « Duchesne-Fournet » environ 110 hectares.

Le 25 décembre (sic !), Maître Legrip obtient de Monsieur Lorenzi une option, autrement dit une faculté d’acquérir, pendant quatorze jours, c’est-à-dire jusqu’au 8 janvier 1930 les deux lots précités, au prix total de 260 000 Francs, mais grevés de charge d’exploitation forestière en cours et de droits de chasse.

Informé immédiatement de cette proposition, Monsieur Piedecoq, demande à Maître Legrip d’intervenir auprès du vendeur afin que les deux terrains soient vendus libres de ces différentes charges... Le 2 janvier, Maître Beaumer transmet à Maître Legrip la réponse, malheureusement négative, de Lorenzi :

« Impossible d’annuler les actes passés avec l’exploitant forestier et avec les locataires de la chasse. Pour livrer une forêt en état, il faut en sortir les produits façonnés ce qui prendra toute l’année... ». Monsieur Piedecoq estime que dans ces conditions la ville de Deauville ne peut acheter et le délai imparti pour cette première option expire.


Deux jours seulement !...

Le 25 mars 1930, appelé chez Maître Beaumer pour une autre affaire, Maître Legrip apprend que Lorenzi a vendu les deux portions de forêt en cause à un certain Monsieur Pradel mais celui-ci... serait peut-être déjà revendeur ! Alerté aussitôt, Monsieur Piedecoq demande à Maître Legrip de voir Monsieur Pradel au plus vite.

Le lundi 31 mars, Monsieur Legrip a une entrevue, chez Maître Beaumer, avec Monsieur Pradel : celui-ci offre à l’avoué une option valable pendant deux jours seulement, jusqu’au mercredi 2 avril inclus, mais portant uniquement sur la parcelle Duchesne-Fournet. Averti, séance tenante, par téléphone, Monsieur Piedecoq prie Maître Legrip d’appeler Monsieur Colas d’urgence pour lui demander la décision et les instructions nécessaires, ce qui est fait le soir-même : le Maire donne alors l’ordre d’acheter. Le compromis est signé dès le lendemain mardi 1er avril et, pour régularisation, le Conseil Municipal réuni le jeudi 3, vote l’acquisition de l’immeuble ainsi désigné :

Situation : Saint Gatien des Bois,
Lieudit : « Forêt Duchesne-Fourner »,
Contenance totale : 108 hectares, 68 ares, et 85 centiares.

Prix : 260 000 Francs.

Voir (Note : 01).

Et autorise le Maire à signer tous actes à cet effet. En outre, le Conseil demande au préfet de bien vouloir déclarer l’ « utilité publique » de cette acquisition en vue de l’application de l’article 22 de la loi de Finances du 30 décembre 1928 prévoyant, en pareil cas, l’exonération des droits de mutation.

Ce même 3 avril, le Conservateur des Eaux et Forêts, que Monsieur Colas a dûment consulté, donne le feu vert au déboisement du terrain.


Le vendeur est reparti !...

Le vendredi 4 après-midi, Maître Legrip se rend à l’étude de Maître Beaumer en compagnie de Maître Bove, Secrétaire de mairie de Deauville qui revient de la Préfecture, avec la déclaration d’utilité publique, et de Monsieur Perrroud, receveur municipal, porteur du prix d’achat. Hélas !... Monsieur Pradel, le vendeur, est reparti chez lui à... Bagnoles-de-l’Orne, ce qui - heureusement - ne décourage pas Maître Legrip : il décide Maître Beaumer à partir avec lui le lendemain matin, à Bagnoles, pour y faire signer, par Monsieur Pradel, une procuration, ce qui est accompli devant Maître Richard, notaire à la Chapelle-Moche (Note : 02). L’après-midi même, Maître Beaumer réalise la vente à la ville de Deauville.

Néanmoins, l’affaire n’est pas réglée pour autant. La semaine suivante, Maître Legrip doit faire face à trois créances hypothécaires existant sur le terrain acheté. Ensuite, il faut négocier avec Monsieur Thivat d’Honfleur, représentant la société locataire, la résiliation du bail de chasse, ce qui est chose faite - sans difficulté - moyennant le versement de 15 000 Francs.

Enfin, Maître Legrip est chargé d’obtenir de Monsieur Hincky, exploitant forestier à Paris, l’abandon immédiat de son exploitation qui était prévue sur toute l’année 1930... Celui-ci réclame une lourde indemnité. En accord avec le maire, l’avoué fait procéder par Monsieur René James, négociant en bois à Pont-l’Evêque, à une expertise : celle-ci estime à 33 605 Francs la valeur des bois propriété de Monsieur Hincky... qui accepte finalement de transiger à 35000 Francs.


Que coûtera l’aménagement ?

L’achat du terrain effectué - et ce au moyen des revenus ordinaires de la ville - reste à transformer près de 110 hectares de forêt en aérodrome (Note : 03) puis à l’équiper en hangars et autres constructions indispensables, ce qui va coûter forcément beaucoup plus cher.

Le 18 juin 1930, Monsieur Colas donne lecture au Conseil municipal d’une lettre du Directeur des Bases au Ministère de l’Air faisant connaître les conditions dans lesquelles on va pouvoir réaliser tous ces travaux dont le devis estimatif s’élève à...3 375 000 Francs.

Or cette somme déjà rondelette s’ajoute au montant de plusieurs autres projets que le Conseil a votés à la même époque : élargissement de la terrasse du bord de mer, acquisition de deux immeubles, construction d’un groupe de logements ouvriers. Sont également à solder : la construction et l’aménagement de l’hippodrome de Clairefontaine, terminé et inauguré en août 1928.

Pour financer l’ensemble de ces dépenses extraordinaires (ainsi que pour rembourser trois prêts), le Conseil décide, à l’unanimité, de contracter un emprunt de 8 080 088 Francs, à un taux maximum de 5,05 % remboursable en trente ans à partir du 1er janvier 1931, chaque annuité devant être couverte... par une imposition extraordinaire de 96 centimes additionnels!

Fort heureusement, à la suite de démarches effectuées par le maire, appuyées vraisemblablement par Monsieur Esders, bien connu en haut lieu : le Ministre de l’Air accepte, début octobre, que l’Etat prenne entièrement en charge les frais de déboisement et d’aménagement du terrain, « en raison de l’intérêt technique présenté par la création d’un aéroport en pleine forêt ». (Note : 04) resteront à la charge de la ville :

- le tiers de la construction d’un bâtiment modeste et unique réunissant une station Météo et une petite gare ;
- les deux tiers des dépenses supplémentaires : hangars et autres équipements de première nécessité.

Cependant, l’emprunt prévu pour « l’aéroport » va être effectivement souscrit et se il révèlera absolument indispensable pour régler, en temps voulu les travaux de Saint Gatien des Bois car la participation de l’Etat au déboisement - aménagement se fera attendre (comme d’habitude!) - et ne sera pas encore entièrement versée fin... 1932, soit un an et demi après l’inauguration! (Note : 05).


Quelle entreprise de travaux publics ?

Par contre, tout va aller très vite pour la mise en route du chantier.

Déjà, aussitôt après la signature de l’achat et pendant les dernières démarches de Maître Legrip, Monsieur Garbes, directeur du service des Bases au ministère de l’Air, forcément plus compétant, en cette matière extrêmement technique (Note : 06) que les élus deauvillais, se chargent entièrement de la procédure des appels d’offres aux entreprises des travaux publics.

Parmi les soumissions reçues, il apparaît que les propositions et références les plus intéressantes sont présentées par la Société A.T.I.M.A. (Accessoires Tracteurs Industriels et Machines Agricoles), 8 Chaussée d’Antin, Paris, dirigée par un canadien anglophone, Monsieur Harry Buick... ladite raison sociale semble quelque peu insolite pour une entreprise de travaux publics mais elle se trouve probablement dépassée par ses activités du moment. En tous cas, cette société vient de faire amplement ses preuves au cours de la construction de Bergerac et elle paraît tout à fait capable d’opérer celle de Saint Gatien des Bois.

Dès le 27 avril, Monsieur Garbes signe avec Monsieur Buick un contrat « pro-forma ». Une nouvelle entrevue a lieu au ministère le 6 mai et le 17, après autorisation accordée ce même jour, par le conseil municipal, le maire de Deauville signe avec Monsieur Buick le « marché de gré à gré » comportant les travaux de déboisage, dessouchâge, enlèvement des bois, nivellement du sol du domaine Duchesne-Fournet et fixant le montant de ces travaux à la somme forfaitaire de 486 000 Francs.


Il sera pret !

Un après-midi de la semaine du 15 août 1930, deux personnalités politiques de tout premier plan Monsieur Aristide Briand, chevelure et moustache abondantes et Monsieur Henry Chéron toujours bedonnant - se promènent sur les planches de Deauville en compagnie du Préfet du Calvados.

Le Président Briand dit notamment au Sénateur-Ministre :

« Vois-tu Chéron, je ne peux en croire mes yeux. Il y a un bail que je n’étais venu par ici, exactement 29 ans ! C’était en 1901 ! Certes, depuis 1901, Deauville a bien changé mais c’est surtout depuis que Colas préside aux destinées de la « plage fleurie », depuis que son activité s’y dépense sans compter, qu’elle est devenue la grande plage mondaine, super-élégante, rendez-vous de toutes les notoriétés du monde... ».

« Voici qu’à peine le bassin des yachts termin, le maire de Deauville s’attaque à un gros morceau, c’est-à-dire à l’aéroport, et il veut qu’il soit prêt pour la saison prochaine ! Vous verrez qu’il le sera ! ».

Source : Gilbert Bucaille.
Le Pays d’Auge, septembre 1990.


Deauville-Saint Gatien des Bois avant 1939.

Un Cow-Boy en Pays d’Auge.

Tenant le plus grand compte du délai très limité fixé par le Maire et de l’approche de l’hiver, l’ensemble du personnel se met alors en quatre pour avancer les arrachages au maximum.

A cette époque, grâce à leur ardeur, à leurs tracteurs et treuils neufs, certaines équipes vont établir puis battre des records de rendement. Se distingue tout particulièrement celle de :

- Charlemagne Valois, chef ;
- Angelo Gomès, conducteur ;
- Albert Néel ;
- (voir Famille Rufin) ;
- Roger Alleaume, le benjamin de tous (17 ans) dit le « mousse ».

Fin 1930 et début 1931, ces cinq hommes vont arracher fréquemment 350 à 450 jeunes arbres et souches ; une fois même 500 (record homologué par Monsieur Buick). De l’avis général, c’est « l’équipe championne »... ce qui lui vaut une prime de rendement bien méritée.

Pour diriger et surveiller son chantier, beaucoup plus étendu qu’avant et couvrant maintenant plus de la moitié du terrain, Monsieur Buick à recours à des jumelles En tous cas aucune erreur, aucun incident ou accident, aucune négligence ne lui échappe. Il arrive parfois qu’il rabatte une demi-heure de salaire à une équipe qu’il a bien vue s’arrêter et bavarder un moment.

Cependant, malgré la haute cadence exigée, malgré la longueur des journées pendant la belle saison, malgré la rigueur imposée par Monsieur Buick, celui-ci est considéré unanimement ou presque, comme un bon patron. Il paie bien et mieux que la plupart des autres employeurs ; il est juste, impartial, très actif et jugé tout à fait digne de ses fonctions de Directeur.


Au lasso et au revolver...

On le trouve même très sympathique...spécialement quand la soirée est belle, quand il est très satisfait du « boulot » accompli depuis le matin et... quand ce forestier descendant de colons britanniques au Canada ne résiste pas à la tentation d’exhiber ses talents de cow-boy probablement hérités de ses ancêtres et cultivés pendant sa jeunesse.

Au lasso, il attrape à tout coup les volontaires courant devant lui. Un jour, Monsieur Jean Burri, de Touques, bien décidé à ne pas se laisser faire, surveille très attentivement les mouvements du Buick et de son lasso afin d’effectuer un écart quand ce dernier arrivera sur lui, mais devinant cette parade, notre cow-boy prend Monsieur Burri au lasso - non par le cou ou tronc comme les autres - mais par une jambe alors qu’elle se trouvait en l’air ! Quelle adresse !

Au revolver, Monsieur Buick démontre sa précision sur les cibles les plus diverses et les plus difficiles : carton, planche, baliveau ou petite branche remuée par le vent. Une fois, alors que le patron a fait mouche avec sa première balle et percé un trou bien visible, un ouvrier fanfaron prétend en faire autant ; il tire deux cartouches mais... il n’y a aucune trace d’impact... Après quelques instants de recherches infructueuses, le maladroit déclare alors qu’il a fait passer ses balles par le trou... de celle de Buick ! Eclat de rire général et plus que septique !


Visite de Garbe et Razel frères.

10 novembre 1930 : nouvelle visite très officielle, mais plus technique, du chantier de Saint Gatien des Bois, non par le ministre lui-même mais par Monsieur Garbe, directeur du service des Bases (Note : 07) accompagné des frères Razel, entrepreneurs de travaux publics exécutant d’importants chantiers dans la région parisienne et jugés très compétents par le ministère de l’Air.

Le maire et l’architecte Voyer pilotent ces trois experts sur le terrain où l’arrachage a progressé (et va progresser bien d’avantage encore avec les dix tracteurs supplémentaires) depuis le passage de Laurent-Eynac.

Quelques jours plus tard, le 22 novembre, rendant compte de cette inspection Monsieur Colas se résume comme suit : « Après avoir longuement examiné le travail, nos visiteurs ont déclaré qu’il n’est pas possible de faire mieux, que le matériel est bien utilisé et que Buick est qualifié pour mener les travaux à bonne fin... ».


COUP DE FREIN !...

Or le même jour, le conseil municipal décide finalement que « Monsieur Buick continuera les travaux mais sous la conduite de l’architecte Voyer, la surveillance et le contrôle de la Commission de l’aéroport, que les travaux seront payés par voie de régie et (cependant qu’à leur terminaison il sera proposé, le cas échéant, d’attribuer à Monsieur Buick une prime de bon rendement ».

Bien plus, le 27 décembre, le conseil décide « la suspension de l’exécution du marché avec la Sté ATIMA et le règlement direct par la ville, des fournitures achetées par cette entreprise... ».

Motif : au 28 novembre, l’arrachage des arbres et le dessouchage sont terminés sur 50 hectares seulement (la moitié du terrain). Mais le montant total des acomptes versés sur le marché forfaitaire s’élève à 437 400 Francs. Or pour cette somme, les travaux faisant l’objet du marché devaient être exécutés en totalité et la somme payée représente uniquement le coût de la main-d’œuvre employée, à l’exclusion de toute fourniture. La société ATIMA reste devoir les diverses fournitures qui lui ont été livrées pour l’accomplissement des travaux depuis leur commencement jusqu’au 28 novembre et qui s’élèvent à 115 383 Francs. Toutefois, la commission des finances ont examiné toutes les factures de ces fournitures correspondant aux besoins de l’entreprise et estiment qu’il y a lieu d’en solder le montant total.

En fait de mesures nouvelles vont être effectivement appliquées :

- Le personnel ne sera plus payé par Eurippe, le secrétaire-comptable d’Atima mais par Busnel, secrétaire général de la mairie, qui désormais va monter chaque samedi à Saint Gatien des Bois pour opérer la paie ;
- Les différentes fournitures livrées à ATIMA seront réglées par la ville aux fournisseurs sur production de mémoires réguliers (Note : 08).


Prévisions dépassées...

Etant donné qu’il n’y a, et qu’il n’y aura jamais, ni blâme ni reproche adressé à Monsieur Buick, mais uniquement des compliments, tant au cours du vin d’honneur marquant la fin de l’aménagement de 60 hectares permettant l’inauguration, qu’au cours de celle-ci, il semble bien que les décisions restrictives précipitées résultent d’une très vive inquiétude qui s’est emparée du maire, de son Conseil, des Commissions compétentes, devant le volume considérable, et imprévu, des frais de déboisement !

Et si les prévisions du Service ministériel des Bases et du maire s’avèrent très largement dépassées c’est notamment, sinon principalement, (Monsieur Colas le précisera plus tard) parce que les ingénieurs du Ministère de l’Air, les élus locaux et même le Conservateur des Eaux et Forêts, n’ont pas aperçu qu’il y avait « des milliers » (dira Monsieur Colas) de grosses souches, vestiges de coupes anciennes, cachées sous les ronces, broussailles, mousses et autres végétaux... Il a donc fallu les faire sauter à l’explosif, en moyenne 2 cartouches de 100 grammes pour chacune (Note : 09) puis arracher souvent en plusieurs fois les restes avec les tracteurs et câbles, surtout pour les châtaigniers, les plus dures à extraire.

A cette dangereuse besogne supplémentaire du dessouchage à l’explosif, pour laquelle Monsieur Buick a dû embaucher 3 spécialistes yougoslaves, il faut ajouter :

- La lenteur des travaux antérieurs à l’arrivée du matériel Esders, quand on n’avait que les 3 Fordson venus, déjà fatigués, de Bergerac et souvent arrêtés pour réparation.
- L’incidence, sur le coût de la main-d’œuvre, des salaires attractifs payés par Buick, afin de disposer sans retard, d’un personnel suffisamment nombreux et valable.


Des salaires attractifs.

Salaires horaires en été 1930 :

- mécaniciens: 4,50 à 5 Francs suivant qualification (Note : 10),
- chefs d’équipe : 6 Francs,
- conducteurs de tracteur ou autre engin : 4,50 Francs,
- ouvriers arracheurs : 4,25 Francs,
- bûcherons : 4 Francs,
- terrassiers : 3,75 Francs.

Bien sûr, ces salaires sensiblement supérieurs à ceux de la contrée, ont pesé lourd pendant l’été 1930.

Les journées commençaient alors à 6 heures 30, pour se terminer à 19 heures, avec deux pauses seulement : casse-croûte de 9 heures à 9 heures 15 ; repas à la gamelle, chauffée sur les feux de menu bois ou souches : 12 heures à 13 heures 30.

La durée quotidienne de travail était donc de 11 heures et la durée hebdomadaire, à raison de 6 jours pleins, de 66 heures.

Les salaires des mécaniciens ont pesé particulièrement lourd, parce qu’il fallait réparer fréquemment les trois premiers Fordson et, ce, toujours au plus vite, ce qui amenait ces employés à faire parfois des journées de 12 heures et plus, en arrivant à 6 heures et en reprenant l’après-midi dès 13 heures ou parfois dès 12 heures 45 après un déjeuner très rapide. Il en a été de même pendant le montage des tracteurs neufs, juste après la Toussaint.

Par contre, à la suite du premier coup de frein donné par la municipalité le 22 novembre, sur les dépenses, le directeur d’ATIMA est amener à se montrer moins généreux... En effet le 16 décembre la commission de l’aéroport constate que « suivant les instructions données, Monsieur Buick embauche des hommes (sans autre précision quant à leur emploi et qualification...) à 3,50 Francs l’heure »...

Au cours de la même séance, la Commission note également « que par suite du mauvais temps Monsieur Buick licencie (temporairement, bien sûr !) les ouvriers lorsqu’il est matériellement impossible de travailler ». De fait, après un été déjà humide, la fin de l’automne et l’hiver 30-31 sont très pluvieux ce qui complique, ralentit et stoppe plusieurs fois les travaux.

On commence par revêtir cirés huilés, suroîts et bottes fournies par l’entreprise. Il faut recourir au « taureau d’acier » chevillé pour désembourber les Fordson et, parfois, l’on finit par capituler, étant bien entendu - demande Monsieur Buick - que tous doivent revenir dès que le temps sera plus clément.

Autrement dit, le conseil municipal a placé Monsieur Buick sous la conduite de l’architecte Voyer, la surveillance et le contrôle de la commission de l’aéroport mais... ces nouveaux patrons se retrouvent eux-mêmes sans l’avoir bien prévu, sous les ordres de l’implacable « Général Hiver » qui décide, à son gré, de la suspension et de la reprise du travail !


Très peu d’accidents.

Malgré l’intensification des travaux et leur nature relativement dangereuse, peu d’accidents graves sont à déplorer. Pas de mort et un seul accident sérieux motivant une dizaine de jours d’arrêt.

Passant sur un trou de grosse souche arrachée, rebouché trop sommairement, un tracteur s’enfonce partiellement, puis se cabre et se renverse sur son conducteur ; celui-ci est dégagé aussitôt mais il a plusieurs côtes fracturées. Une autre fois, un ouvrier est pris par un câble qui s’enroule autour de sa jambe et l’écorche en plusieurs endroits. On le reconduit chez lui à Pennedepie ; un médecin d’Honfleur vient lui donner les premiers soins et lui faire un pansement qui devra être renouvelé pendant quelques jours.

Il y a évidemment, de temps à autre, principalement chez les bûcherons- débroussailleurs, des blessures légères (coupures par serpes, égratignures sanguinolentes par ronces, etc...) qui sont soignées sur place et immédiatement par Europe, le secrétaire-comptable muni d’une mallette à pharmacie.


Un terrain... marmite !

Malgré les intempéries hivernales qui perturbent et arrêtent les travaux d’arrachage proprement dits, ceux-ci sont terminés en février 1931.

« Il n’y a plus rien debout mais quel spectacle ! Par son aspect chaotique, le chantier rappelle les coins du front 14-18 les plus marmités ! » (Note : 11).

Les visiteurs (maire, architecte-voyer, commission de l’aéroport, etc...) doivent être transportés en traîneaux improvisés remorqués par des tracteurs qui s’enlisent souvent dans une boue épaisse et doivent être fréquemment tirés de là par celui à chenilles.

Charrues, herses, niveleuses, rouleaux, vont entrer peu à peu et successivement en action mais, auparavant, il faut absolument drainer l’ensemble du chantier. En fait, l’été 1930 ayant été médiocre, des drains ont été déjà posés à cette époque dans le thalweg Nord. A la fin de l’hiver, des équipes de terrassiers sont affectées à ce travail sous la direction de l’architecte Voyer et de Monsieur Buick. Pour commencer, une grande quantité de tuyaux ont été commandés et sont livrés sans retard. Finalement, 25 kilomètres de drains vont être posés.

Vu la nécessité de disposer, dès le début de la saison 1931 -et au plus tard le premier juillet- d’une aire assez étendue et en bon état permettant l’atterrissage et l’envol d’avions de tourisme ou d’appareils moyens, tous les efforts d’aménagement du terrain sont portés sur une zone précédemment délimitée par les ingénieurs du ministère de l’air et entourée par une ligne de fanions blancs.

En premier lieu, on achève ou on renforce le bouchage de tous les trous de souches existant dans cette zone en prenant soin de bien pilonner le remblai. Par dessus les trous ainsi remblayés on remet même une couche de terre végétale prélevée dans les endroits qui seront moins fréquentés.

Les racines et débris de racines, qui subsistent en grand nombre dans la terre doivent être obligatoirement éliminés. A cet effet, on procède à des labours peu profonds (autrement on ferait remonter l’argile à la surface), puis à des hersages méticuleux dans deux directions perpendiculaires l’une à l’autre.

En mars et avril, lorsque la terre est suffisamment égouttée, le nivellement est opéré avec les trois machines Woher, achetées également par Esders aux U.S.A, mais des rouleaux agricoles et les pelles des terrassiers sont encore nécessaires pour obtenir enfin une surface bien plane.

Les techniciens parisiens ont préconisé un semis « de graines convenablement choisies »... Or, là aussi, l’herbe augeronne se met à pousser naturellement et rapidement. Pas besoin d’ensemencer, du moins la première année !


Les ventes du bois.

Quant aux bûcherons, ils ont encore beaucoup de bois à débiter. Déjà, pendant les arrachages, plusieurs d’entre eux ont ébranché et paré les gros arbres qui ont été vendus, comme bois d’œuvre, à des exploitants forestiers et des marchands de bois de la région. Beaucoup plus nombreux, les petits arbres, comme les branchages des gros, ont été débités puis vendus comme « bois de perches et bois de chauffage ». Le reste est mis en fagots. Tous ces derniers produits sont vendus aux enchères, par exemple par Me Léon Godreuil, huissier à Trouville : vente sur place, le dimanche après-midi, « réunion sur la route, près du bureau de l’aéroport. (Note : 12).

La majeure partie est achetée par des boulangers cuisant encore au bois ; quelques particuliers de Saint Gatien des Bois et communes voisines sont également acquéreurs.

Quant au petit bois et aux souches, ils ont été et sont encore brûlés sur place, généralement sans difficulté. C’est sur ces foyers que les gamelles sont mises à réchauffer pour le repas de midi.

Des tentatives de brûlage des branches et des très jeunes arbres ont échoué...

Alors, il a été décidé de les mettre en tas puis de les débiter. Quatre hommes et deux chevaux ont effectué cette besogne à raison de 40 m2 par jour. Cette dépense imprévue, environ240 F par jour, devait être largement récupérée par la vente de ce bois. (Note : 13).


Des constructions « modestes ».

C’est au printemps, après nivellement d’une aire suffisante, que sont installés deux premiers hangars où pourront s’abriter les appareils de tourisme qui vont participer aux premiers rallyes organisés à l’occasion de l’inauguration de l’aérodrome puis de « la Grande Fête Aérienne » de juillet 1932.

Contrairement à des opinions répandues, ces deux hangars ne sont pas construits par une entreprise spécialisée ni par un artisan local. Ils ne sont pas offerts par un mécène comme Esders (Note : 14), ni achetés par la ville (Note : 15) suivant un ordre daté du 18 avril 1931.

Le montage est exécuté à partir du 11 mai, par des ouvriers de la ville sous la direction et avec l’aide d’un sergent et d’un soldat. Ces deux bâtiments, de « type Bessonneau démontable », mesurant 20 mètres d’ouverture, 28 mètres de profondeur et 4 mètres de hauteur utile.

En fait, ce prêt sera prolongé jusqu’en novembre 1932.

D’autre part, la municipalité désirait réaliser « modestement » (sic) une petite gare, mais Laurent-Eynac, ministre de l’Air en 1930, a lié ce projet à celui d’un poste météo régional et a décidé l’édification d’un bâtiment commun. Malgré les augmentations qui en résultent sur ses prévisions initiales, la ville accepte de comprendre, dans les frais d’aménagement de l’aérodrome, le tiers du coût de cette construction unique.

Le 30 janvier 1931, après avoir précisé au maire que l’Etat va prendre en charge, dans ce bâtiment Météo-Services publics, la part correspondant au logement normal et habituel d’une Station Météo régionale, (Note : 16). Le Ministre fait connaître « qu’il a donné à ses Services toutes instructions nécessaires pour hâter la mise en adjudication des travaux de construction de ce bâtiment »... La dite adjudication est chose faite le 9 avril.

Aussi lorsque l’ingénieur Duval, du Service des Bases, effectue le 16 juin, une reconnaissance préalable à l’autorisation d’ouverture de l’aérodrome, il constate « qu’un bâtiment Météo, comportant également un logement de gardiens et une salle pour le public, est en construction ».


Qui s’est posé le premier ?

Vers le 20 mai, les trois cinquièmes (60 hectares) du terrain sont prêts à recevoir des avions. Reste seulement à terminer l’arrachage de vieilles souches sur environ 25 hectares et à niveler le sol sur 40 hectares.

Une première piste en terre tassée est balisée. Trois autres du même type vont être achevées avant la visite de l’ingénieur Duval, soit un total de quatre pistes mesurant : 800 mètres du Nord au Sud ; 900 mètres du Nord-Est au Sud-Ouest ; 1 000 mètres d’Est en Ouest, 1 000 mètres du Sud-Est au Nord-Ouest.

Avertis par l’architecture Voyer, Colas et Esders (qui possède un appareil) viennent se rendre compte des possibilités d’atterrissage et d’envol.

Le lendemain 29 mai, Armand Esders, qui a conçu le premier l’idée d’un aérodrome, vient « toucher » le sol avec son appareil amphibie-Schreck piloté par Deckert (Note : 17).

Ce 30 mai, au lendemain - pourtant - d’une très violente averse, Marcel Farman, fils du célèbre avionneur, accompagné de René Levy et d’un mécanicien, opère un atterrissage absolument impeccable avec un appareil lourd Farman, 420 cv, et le rentre dans un des deux hangars.

Au cours du vin d’honneur qui suit l’arrivée de Farman fils, Colas tient à souligner « que les travaux ont pu être menés et terminés en grande partie grâce au concours du Ministère de l’Air et à l’aide financière très généreuse de M.Armand Esders sans lequel les résultats constatés ce jour n’auraient pu être obtenus ». En concluant cette brève allocution, Colas annonce que l’inauguration officielle aura lieu le 26 juillet. A cette occasion, un rallye aérien sera organisé sous la direction de Monsieur Schelcher. A partir de cette date le terrain sera ouvert au public.

Très inquiets le soir du 29 mai, en voyant la piste détrempée et parsemée de flaques d’eau, Monsieur Buick et ses hommes ont poussé un grand « ouf » de soulagement lorsque le gros Farman a roulé et s’est immobilisé sans problème.

Aussi, c’est avec le sentiment d’avoir réellement accompli du bon travail, et avec un courage redoublé, que nos défricheurs vont poursuivre leur ouvrage qui sera largement avancé, mais non pas complètement achevé, pour l’inauguration du 26 juillet.

Cependant, à la suite de l’inspection technique opérée le 16 juin par Monsieur Duval et sur sa proposition, le ministère de l’Air autorise début juillet :

- « L’ouverture de l’aéroport municipal de Deauville à la circulation aérienne pour tous types d’avions à dater du 26 juillet 1931. (Jour de l’inauguration et du premier rallye).
- La perception, sur le dit aéroport, des taxes d’atterrissage et des droits d’abri.

C’est en somme l’acte de naissance de « Deauville - Saint Gatien » que le ministre vient ainsi de signer ! Sur le terrain, et au même, une inscription provisoire « Deauville », entourée d’un cercle, est d’ailleurs tracée à la chaux.

Monsieur Briand avait donc parfaitement raison lorsqu’il disait à Monsieur Chéron et au préfet du Calvados, en août 1930, sur les célèbres « planches » : «Colas veut que l’aéroport soit prêt pour la saison 1931... Vous verrez qu’il le sera ! ».

Source : inconnue.


Deauville - Saint Gatien avant 1939.

L’inauguration sous les bourrasques !

Pour le dernier week-end de juillet 1931, la direction du Casino de Deauville, en collaboration avec « Paris-Midi » et « Paris-Soir », a mis sur pied un programme de manifestations « d’art, d’élégance et de sport » absolument sans précédent !

Du vendredi 24 au dimanche 26 : week-end des vedettes du théâtre et du cinéma... Plus de trente artistes, reines du talent et de la beauté, vont participer à une série de compétitions sportives. Vendredi : matches de tennis, l’après-midi : golf. Samedi : « les vedettes au volant ». Dimanche, sur la plage, de 11 heures à 12 heures : les vedettes avant et après le bain ; le soir : distribution des prix sous la présidence d’André de Fouquières en personne. (Note : 18).


Un magnifique week-end ?

Aussi, dans la semaine du 20, un rédacteur de la presse locale s’enflamme littéralement. « Il est hors de doute (écrit-il) qu’une telle solennité, jamais réalisé, attirera à Deauville non seulement Paris et Londres mais toute notre région qui aura là une occasion unique de voir vivre à bout portant et d’applaudir en pleins ébats sportifs, les femmes aux jolis visages et aux beaux corps dont les triomphes sur les planches et à l’écran ne se comptent plus !... (Note : 19).

Samedi soir au Casino, « Etienne », avec Paul Bernard, des tournées Gallia, « délicieux chef d’œuvre de Jacques Deval ». Dimanche soir, la danseuse Térésina « évocatrice la plus fine, la plus personnelle, la plus intense des danses d’Espagne » (Note : 20).

Bien plus, la municipalité a fixé au dimanche 26 les inaugurations :

- de la nouvelle gare de Trouville - Deauville,
- de l’aéroport de Saint Gatien des Bois.

Sont également prévus :

- au tennis : prix du Calvados,
- tir aux pigeons : prix du Casino,
- New-Golf : match play masculin, courses de Clairefontaine, match de polo, concours d’élégance enfantine à la plage etc...etc...

Quel magnifique week-end ce pourrait-être ! Hélas, et comme un autre journal l’a si bien remarqué, on a malheureusement oublié... d’inviter Apollon !... alors qu’on le sait particulièrement friand -depuis toujours- de jeunes beautés ! Piquant donc une violente colère de plus, il a remisé son char de feu, laissant le champ libre à des nuées plus que menaçantes poussées par un vent déchaîné !

Pas de dommages pour la première cérémonie du dimanche ; elle se déroule à l’abri charmant et de bon goût de la gare ferroviaire. Mais sur le plateau de Saint Gatien des Bois, les invités et les touristes de l’air vont devoir affronter de pénibles intempéries sous forme de bourrasques de vent et de pluie se succédant presque toute la matinée !

La revue « l’Air » est disparue en 1960.


Nous vous prions de bien vouloir excuser la mauvaise qualité de ces reproductions. Plus de soixante années ont passé, il n’a pas été possible de retrouver les documents originaux... La revue, elle-même a disparu et le papier de l’exemplaire utilisé s’est singulièrement dégradé... Si l’un de nos lecteurs possédait des clichés plus « parlants », nous les publierions bien volontiers.

Source : Note de la rédaction.


Les invités arrivent.

Présent un peu avant l’heure, Joseph Cornu, (Note : 21), journaliste au « Pays d’Auge » et « Journal de Pont l’Evêque », est fraîchement accueilli par un coup de vent et une copieuse averse : il se réfugie dans le sous-bois, ce qui fait fuir un lapin « dûment muni de son petit feu blanc arrière ».Mais très vite, un premier grondement, un deuxième, un troisième et beaucoup d’autres viennent mettre fin à ce prélude bucolique : ce sont les arrivées des concurrents du huitième Rallye aérien organisé par l’Aéro-Club de France, à l’occasion de l’inauguration de l’aéroport et c’est un tonnerre qui va se faire entendre jusqu’à midi.

Ils atterrissent tantôt séparément, tantôt par deux, par trois, une fois même par quatre à la fois, mais tous en bon ordre grâce aux directives et à la vigilance de Lucien Coupet, « commissaire aux avions ».

Voici trois amphibies... c’est l’appareil idéal pour ce temps pourri ! Puis l’autogyre de Weyman avec son « parapluie », un prudent celui-là ! Tiens voilà l’amiral Esteva qui débarque, il en a vu d’autres ! Le suivant est le maréchal Franchet d’Esperey qu’il faut extraire de la carlingue : avec son passe-montagne poilu et sa grosse combinaison Cornu trouve « qu’il a l’air d’un ours des cavernes ».

Vers onze heures, c’est l’arrivée de Jacques-Louis Dumesnil, ministre de l’Air, à bord d’un 600 HP piloté par l’adjudant-chef Michaux ; d’Etienne Riché, sous-secrétaire d’Etat, sur un appareil d’escorte piloté par le capitaine Girardot. Un nombreux état-major les a précédés, également par voie aérienne : Léon Pujo, chef du cabinet civil, les généraux Poli-Marchetti, chef du cabinet militaire, de Verguette, Segonne, Hergault, Bares puis Louis Hirschauer, ingénieur en chef de l’aviation civile. Est également et dûment de la fête : Victor Laurent-Eynac, précédent ministre de l’Air.

Messieurs Dumesnil et Riché sont accueillis par Camille Blaisot, député de Caen, ministre de la santé ; Amédée Bussières, préfet du Calvados ; Noel, sous-préfet de Lisieux ; Colas, maire de Deauville ; André, administrateur de la société du Casino et des grands hôtels ; Oger, maire de Saint Gatien des Bois et, comme il se doit, par une musique militaire de niveau national, en l’occurrence celle des Equipages de la Flotte venue de Brest.

Dans un hangar adroitement décoré, J.L. Dumesnil et Riché saluent et félicitent les participants au rallye parmi lesquels on compte de célèbres constructeurs et pilotes : Louis Bréguet, Blériot, Morane, Caudron, Maurice, Marcel et Henry Farman, Détroyat, Assolant, Schreck « père » des trois amphibies, André Schelcher, commissaire général de l’Aéro-Club de France, organisateur efficace du rallye, etc...

Bien sûr Armand Esders est de la partie, ainsi que son épouse et leurs enfants, les quatre passagers disposant d’ailleurs d’une cabine confortable et insonorisée. D’autres dames accompagnent également leur mari, notamment Mesdames Riché, Bréguet, Morane et Henry Farman, toutes parfaitement équipées en touristes aériennes avec combinaisons ou vestes et casques de cuir fourrés... De l’avis général et malgré un temps déplorable, les vols et les arrivées ont été effectués sans véritable problème.


Au pas de charge !...

Le temps étant vraiment détestable, l’inauguration proprement dite est simplifiée et accélérée : allocutions brèves (discours à la fin du banquet) à l’abri d’une guérite et difficilement audibles ; inspection du terrain par le ministre et son état-major à bord d’auto chenilles Citroën. « Inauguration au pas de charge » écriront plus tard le Docteur Deliencourt et Jean Chennebenoist, les historiens de Deauville (Note : 22).

Aussi, les personnalités, les touristes de l’air et autres invités se précipitent ensuite vers les véhicules qui vont les emmener en ville, d’abord au Bar du Soleil sur la plage, puis au restaurant des Ambassadeurs. A l’entrée de Deauville, bref arrêt - en musique - des principales voitures officielles pour permettre aux illustres visiteurs arrivés par air d’admirer la nouvelle gare Ouest-Etat.

Au Bar du Soleil, c’est l’apéritif et le spectacle - tant - annoncé des vedettes revenant du bain, également en auto-chenilles, et faisant la révérence aux membres du gouvernement. Plusieurs arts et genres sont représentés : première chanteuse d’opéra, interprète d’opérette, musicienne virtuose, stars de cinéma, danseuse, miss Europe et miss France 1930, etc...


Un dejeuner somptueux...

Aux ambassadeurs, avec quelque retard (il est 13 h 30 !) grand banquet de trois cents couverts offert par la municipalité, la société du Casino et des grands hôtels : « déjeuners somptueux » selon Cornu : «hospitalité la plus courtoise et repas le plus exquis » suivant Louise Faure-Favier de « l’Aérophile »...

A la table d’honneur que préside le ministre, on retrouve toutes les célébrités citées à Saint Gatien des Bois. S’y ajoutent : Joseph Laniel, député de Lisieux ; Ernest Flandin, député de Pont l’Evêque ; Maryse Bastié, la célèbre aviatrice ; Lois-Louis Dreyfus, député de Cannes, défenseur des stations balnéaires au Parlement ; André Citroen, Hervé et Hervieu, adjoints au maire ; Legrip, maire de Pont-L’évêque ; Ballière, président de la Société des Courses du Pays-d’Auge. Aux autres tables, les différentes édiles, autorités et chefs de services locaux, les conseillers municipaux ; Bove, secrétaire général de la mairie ; l’abbé Laisné, curé de Deauville ; Paulin, commissaire de police, etc...etc...

Banquet en musique ! Toujours les Equipages de la Flotte qui remportent leur succès habituel !


Cinq discours :

Au dessert, c’est le préfet Bussières qui « ouvre le feu », il salue évidemment le ministre, rappelle son œuvre à la Marine puis à l’Air, mais surtout rend un hommage appuyé à la municipalité de Deauville « dont les efforts incessants ont fait de cette ville d’enchantement une des premières de France par ses transformations, son urbanisme, son goût remarquable, son confort, ses, distractions... L’aéroport complète admirablement la série de ses équipements »...

André Schelcher se réjouit du succès du rallye organisé ce jour : pour son ouverture, le terrain de Saint-Gatien a vu arriver - malgré un temps très défavorable - soixante-quatre appareils sur soixante-cinq inscrits !

Eugène Colas se lève à son tour. Son intervention sera évidemment la plus longue : ne doit-il pas relater en effet les raisons puis les phases successives de la réalisation du projet qui lui tenait tant à cœur, les difficultés, les obstacles rencontrés, les multiples démarches et formalités accomplies et surtout ne pas manquer de remercier tous ceux qui l’ont aidé depuis le début ?

Il veille visiblement à n’oublier personne. Il nomme donc, en leur exprimant une sincère et profonde reconnaissance le ministre Dumesnil et tous ses proches collaborateurs ; Léon Pujo, chef du cabinet civil ; le secrétaire général Morisson ; Messieurs Caquot et Blanchet, de la direction générale technique ; Messieurs Chaumiers, Vivent et Hirschauer, de la direction de l’aviation civile ; Garbe, chef du service des bases ; Victor Laurent-Eynac, prédécesseur de Dumesnil, qui a donné son accord à l’aménagement de l’aéroport et à la prise en charge, par l’Etat, des travaux de déboisement ; Armand Esders, véritable mécène qui a fait l’avance des fonds indispensables pour l’exécution des travaux et payé le matériel nécessaire pour les mener à bien dans les délais voulus ; le général Delcambre, directeur de l’Office National Météorologique, qui a décidé la création rapide d’une station régionale à Saint Gatien.

Colas n’oublie pas la commission municipale dite « de l’aéroport », ni Léopold Mias, architecte Voyer, chargés de veiller au bon déroulement de la préparation du terrain, ni Harry Buick le patron de l’entreprise chargée de cette énorme tâche, « pionnier canadien, auquel rien du métier de défricheur et de travail du bois n’est inconnu »...

Il assure également de sa vive gratitude l’Aéro-Club de France et son éminent président, le ministre Pierre-Etienne Flandin (retenu au loin aujourd’hui par d’impérieuses obligations) « pour le témoignage d’intérêt qu’ils nous ont donné en réservant à notre port aérien, les bonheurs du rallye 1931 ». A cette occasion il félicite chaleureusement André Schelcher, « ce vieux routier de l’air, aujourd’hui commissaire général du Deauville-Aérien, pour la brillante réussite de ce rallye, entièrement due à son esprit méthodique et à son inlassable ténacité ».


Un oubli hélas...

Le maire fait même éloge du préfet Bussières : « Quelle bonne fortune c’est pour Deauville, comme pour tout le département de pouvoir travailler et se développer sous le contrôle et avec le conseil d’un administrateur aussi prévoyant et aussi éclairé que vous ! ».

Il rappelle évidemment la célérité avec laquelle le terrain de Saint Gatien a été acheté, payé, libéré des servitudes du droit de chasse et du droit de coupe du bois, puis l’acquisition déclarée d’utilité publique...

Mais hélas - hélas, hélas ! - pas un mot de remerciement pour Henri Piedecoq, conseiller municipal, ni pour Monsieur Legrip, conseiller juridique de la municipalité qui - on s’en souvient - ont négocié et réussi l’achat en question malgré toutes sortes de complications imprévues (Note : 23).

Par contre et à juste titre, Colas souligne que l’œuvre inaugurée avec tant d’éclat n’a pas le seul mérite d’avoir été rapidement menée mais elle a encore celui de n’être pas onéreuse : « pour l’achat de ces 110 ha, nous avions été autorisés à investir une somme de un million cent mille francs. Or, nous en avons dépensé deux cent soixante mille, moins de cinq sous le mètre, à cinq kilomètres de Deauville et notre orgueil est de penser que le port aérien qui vous a reçu n’aura pas coûté plus de deux millions et demi ! » (Note : 24).

Et Colas de terminer en renouvelant au ministre l’expression de la reconnaissance locale. « L’aéroport de Deauville, organe de relations entre la France et l’Angleterre, asile favorable de l’aviation de grand tourisme, vous doit une inaltérable gratitude ! ».

Le maire est vigoureusement applaudi et, à sa table d’honneur, tout le monde le complimente.

Après une vibrante improvisation de la part de Camille Blaisot Dumesnil va clore la série des discours. Il tient à saluer tout d’abord le député Ernest Flandin auquel la circonscription de Pont-l’Evêque demeure si justement fidèle, puis ses collègues Blaisot et Riché, puis Eugène Colas « cet animateur et ce réalisateur à l’activité inlassable » et, ayant assuré les créateurs de l’aéroport de Deauville de l’appui du gouvernement, le ministre lève son verre à la prospérité de la ville et au progrès de l’aviation dont il est heureux de rencontrer, ici, les plus illustres représentants. (Salve d’applaudissements !).


Terrain excellent.

Le programme prévoyait également la présence du ministre à Clairefontaine, mais après un tel banquet et un tel déluge de paroles, ces messieurs arrivent très tard à l’hippodrome, juste avant... la dernière course !!

A 17 h 30, il est temps de retourner à Saint Gatien des Bois pour le départ. D’ailleurs, quelques concurrents du rallye décollent déjà. Le ministre démarre, encadré par deux escorteurs et dans le vacarme des moteurs, il dit adieu de la main.

Cependant, plusieurs aviateurs célèbres vont rester quelques jours à Deauville. Leurs appareils dormiront dans les deux hangars ou au dehors car il n’y a pas de place pour tous.

En tous cas, les pionniers de l’aviation présents ce jour, qu’il s ‘agisse de Blériot, de Bréguet, Morane, Caudron ou les trois Farman déclarent unanimement aux journalistes que le terrain et les pistes de Saint Gatien des Bois sont excellents.

D’autre part, cette journée a démontré que le grand tourisme aérien est désormais une réalité, que le nouveau port est un lieu d’étape très apprécié et qu’il est maintenant possible - même pour de petits appareils - de voler par mauvais temps.

Enfin, comme Colas l’a annoncé à ses invités, une « berline » arrivée la veille, appartenant à la compagnie Air-Union présidée par Louis Bréguet, inaugure ce même jour un service estival mais quotidien Londres-Deauville.

On se rappelle que dès 1929, la municipalité, les responsables économiques de la « Plage Fleurie » et Armand Esders désiraient vivement l’instauration d’une liaison directe et rapide entre la capitale anglaise et la côte de Nâcre.

En ouvrant ce 26 juillet 1931 « l’aéroport de Deauville - Saint Gatien » (qui n’est encore, à proprement parler et sans aérogare, qu’un vaste aérodrome ) les autorités deauvillaises, grâce à leur dynamisme et à leur ténacité, ont bel et bien atteint, malgré tout, leur objectif qui pouvait paraître, à l’origine, trop ambitieux et difficilement réalisable.

Source : Gilbert Bucaille,
Le Pays d’Auge numéro 10 octobre 1993.


Aujourdhui (Juin 2004).

Ces informations ont été tirées du site officiel de Saint Gatien des Bois :
http://www.saintgatiendesbois.fr

La page n’étant plus accessible actuellement, nous nous permettons de remettre ces informations ici. Bien entendu, selon le loi du copyright, si une autorité, nous demande de supprimer ces informations, nous nous plierons à cette demande.

En attendant, profitez-en...

Il s’agit de photos prises sur l’aéroport de Saint Gatien, en juin 2004.

De nombreuses personnalités ont été accueillies par le Maire, Michel Brangbour à l'aéroport de Deauville-Saint Gatien.


Photos

Le Président Chirac, invité surprise, dont l'avion n'a pu atterrir à Caen-Carpiquet pour cause de brouillard.


Sur cette photos

Beaucoup de monde s’affère autour du Président Chirac.


Photos

Un hélicoptère de l'armée de l'air attendait le Président pour l'emmener à Colleville-sur-Mer où se déroulaient les cérémonies le dimanche 6 juin 2004.


Photos

Arrivée de la Reine Elisabeth d'Angleterre.


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Le Prince Charles, accueilli par le Maire, Michel Brangbour.


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Le Prince Charles, près de sa voiture.


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La Garde Républicaine, attendant l'arrivée de personnalités.


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Des mesures de sécurités exceptionnelles ont été déployées pendant toute la durée des cérémonies.


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Les militaires en patrouille sur l’aéroport.


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Arrivée de l'avion du Président russe, Vladimir Poutine.


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Le Président Poutine descend de l’avion.


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Le Président Poutine accueilli par le Maire de Saint Gatien.


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La limousine du Président russe.


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La Garde Nationale salue les arrivants.


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Discussion entre officiels.


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Arrivée de Claudie Haigneré, Ministre déléguée à la Recherche et aux Nouvelles Technologies.


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Salutations entre officiels.


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Même les caméras y étaient.


Photos

Pendant tout un week-end, Saint Gatien a connu un va et vient incessant de personnalités de tous horizons.


Photos

Les vétérans ont également foulé le sol de notre commune, avant de gagner les lieux de commémoration.


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